Emportée par le tourbillon de l’ambition, de l’envie de réussir, de faire progresser ma vie professionnelle, j’en ai, je crois, perdu un peu non pas mes idéaux (dont tout un chacun sait qu’ils ne survivent que rarement aux 30 ans) mais plutôt ce qui m’excitait vraiment, ce qui créait chez moi des émulations et des sensations … J’ai voulu partir, quitter paris, changer de boulot, de vie, pour trouver tout d’abord un peu plus de confort matériel mais aussi émotionnel et sentimental. Paris m’était devenu invivable pour tout ce qu’il condensait de souvenirs, qui m’empêchaient d’avancer.
Les 6 premiers mois ma nouvelle vie a répondu à mes attentes. C’était l’avantage de la nouveauté. J’apprenais tous les jours, je découvrais tous les jours de nouveaux univers, de nouvelles têtes. C’était chouette, excitant et enivrant presque.
Puis la réalité est revenue comme un coup de massue, lourde et évidente. La réalité de l’entreprise, à laquelle on ne peut échapper évidemment. Réalité que je suis la première à rappeler à mes collègues. Réalité incontournable si on veut faire évoluer une structure, des personnes, des métiers, des produits. Mais réalité aussi antonyme de rêve …
Et précisément, c’est cette réalité dont je ne m’accommode plus vraiment. Je réalise qu’intérieurement il ne se passe plus grand chose. Jusque là je me faisais à n’importe quelle réalité du moment que j’avais ma perf d’émulation intellectuelle et créative. Je la trouvais chez mes amis et chez les amis de mes amis … ceux que je ne vois plus trop. Ceux qui me donnent du challenge intellectuel et du fil à retordre. Ceux qui aiment réfléchir à voix haute et discuter pendant des heures de géopolitique ou de l’anti matière à 5h du mat. Ceux qui ont toujours un truc à dire sur la société, la vie les gens. Ceux qui sont radicaux, politiquement, humainement, artistiquement. Ceux qui aiment l’indicible, la chose spirituelle, la chose cosmique. Ceux qui aiment faire la fête, rencontrer de nouvelles têtes. Ceux qui sont super doués, talentueux, créatifs. Ceux qui ne sont pas comme les autres. Ceux qui ne sont pas cyniques, qui sont restés de grands enfants. Bref des êtres vivants, vivant à 100%, des humains que j’aime tant …
Mais aujourd’hui mes pensées sont la majorité du temps tournées vers ma fonction de chef. Vers des questions organisationnelles, stratégiques, comptables, commerciales. Mon esprit se libère rarement de ces considérations. Je suis parfois satisfaite, contente. Après coup je me rends compte que je le suis souvent d’avoir obtenu des résultats, fait progresser quelqu’un. Faire progresser quelqu’un … à mieux faire son boulot. Pffff … franchement à froid je me demande pourquoi mon intellect peut se satisfaire d’une telle “victoire”?
Je n’ai pas mis les pieds dans mon studio depuis des mois. Je laisse pourrir un investissement de plusieurs années. Je n’ai pas écrit un texte depuis plus de 7 mois. J’ai peur que tout ça s’éloigne. Et dans le fond ce “tout ça” c’est moi. Oui il faut manger et donc travailler certes. Oui c’est cool d’être chef parfois … que parfois d’ailleurs. C’est plutôt usant psychologiquement cette dialectique du maître et de l’esclave.
” Ma muse m’use et s’amuse …
Tu te marres t’amuses de mon air bien con
Donne moi plutôt l’air de la chanson …”
Tout ce sursautement n’est certainement qu’un gentil rappel à l’ordre de Madame la Musique. Dès que je m’éloigne un peu trop elle me le fait bien sentir. Mon coup de blues est la transcription humaine de son mécontentement … My God is Music. Et j’ai été une mauvaise pratiquante. Shame on me.
Vive lé décroissance et vive la musique